Chapitre Premier.
_____C'était le début de l'été qui se voulait prometteur sur la côte Atlantique mais j'avais choisi de le passer en Angleterre. Je voulais découvrir ce pays et perfectionner mon anglais. Mon budget n'était pas énorme mais j'avais envie de voyager, de découvrir de nouvelles choses.
_____L'Angleterre avait été mon premier choix car je ne voulais pas partir trop loin de la France, cela allait être mon premier voyage seule.
_____Ma mère m'avait trouvé une famille d'accueil et j'avais été totalement contre, je voulais être libre, pouvoir sortir et rentrer quand cela me chanter mais elle m'avait clairement précisait qu'à dix-sept ans, jamais elle ne me laisserais partir à l'aventure. J'avais explosé de rire sous son nez, j'avais toujours été responsable et mature que les autres et ce depuis mon plus jeune âge. Etant l'aînée, j'avais du mettre mon enfance de côté assez tôt pour mes deux petites s½urs. Puis, je n'avais que des petits cousins ou des petites cousines. C'était un rôle plutôt pesant car on me mettait souvent sous le poids des querelles de famille ou même des secrets familiaux durs à digérer.
_____Je bouclai ma valise d'un air satisfait mais la rouvris pour vérifier que j'avais tout.
_____- Tu as pensé au parapluie.
_____Je sursautai et me retournai.
_____- Fuck off, Darling !
_____Il leva les yeux au ciel.
_____- Mais pourquoi tu veux aller là-bas pendant tout l'été, Nana ? Une ou deux semaines suffisent, mais deux mois entier !
_____- Ecoute, Nono, j'ai pas envie de me disputer avec toi le jour de mon départ, d'accord ? Tu sais très bien j'ai voulu y aller, et seule. Tu me manqueras aussi mais... j'ai besoin de prendre mes distances.
_____Il soupira mais je pris son visage entre mes mains et le regarder dans les yeux.
_____- Ne dire pas cette tête, d'accord ? Ce n'est pas un adieu, je reviendrais...
_____- En deux moi, tu auras eu le temps de rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux amis...
_____- Les vieux qui m'accueillent ou ceux que je croiserais dans les musées ? Ca dépend... je voulais tenter de charmer le prince Williams !
_____Il me donna une claque derrière la tête et je l'embrassai sur la joue. Il me prit dans ses bras et me serra fort contre lui.
_____- Tu as intérêt à t'éclater et devenir bilingue sinon, je te promets que je te tue !
_____J'explosai de rire et m'écartai. On fit une dernière fois l'inventaire de ma valise et il la boucla pour de bon. Je fis de même pour mon sac.
_____- Elena ! Il faut y aller ! m'appela ma mère au bas des escaliers.
_____Arnaud me regarda tristement et porta ma valise qu'il descendit. Je balayai ma chambre du regard et fixai intensément mes guitares et ma basse.
_____- Ne vous inquiétez pas mes belles, Nono prendra soin de vous, je reviens vite.
_____Je pris mon sac ainsi que mon ordinateur portable et je descendis à mon tour. Arnaud et ma mère étaient dehors, près de la voiture à m'attendre. Cette dernière me donna une enveloppe que j'ouvris.
_____- Toute la famille t'a donné un peu d'argent, il faudra que tu le changes là-bas puisqu'ils n'ont pas encore l'euro.
_____Je regardai le contenu avec de grands yeux, ils avaient sûrement cru que je partais pour deux ans. Je la remercie brièvement et regardai Arnaud.
_____- Tu viens avec nous à l'aéroport ?
_____- Non...
_____Je baissai les yeux, déçue.
_____- Mais bien sûr que je viens, sotte !
_____Je le fusillai du regard.
_____- Tu m'as fait peur, tête de moule !
_____Il éclata de rire et ma mère nous informa qu'il fallait partir.
_____- En voiture, Simone ! m'esclaffai-je.
_____Nous embarquâmes tous dans le véhicule et ma mère démarra : direction l'aéroport !
_____Le trajet fut plutôt silencieux et personne n'osait le rompre, à part ma mère.
_____- Quand tu arrives, tu m'envoies un mail pour me dire que tu es bien arrivée, puis tu fais attention aux...
_____- Hého ! Je vais pas en Tanzanie !
_____- C'est pas des pâtes ça ?
_____Je regardai mon ami avec un air déconcertant.
_____- Mais si, insista-t-il.
_____- Non, tu confonds avec Panzani !
_____- Peut-être...
_____Je ris puis continuai de zapper à la radio, ne trouvant rien pour me plaire.
_____- Remet andouille ! hurla-t-il.
_____- Andouille... nan mais tu t'es vu ?
_____- Remeeeeeet !
_____Je remis et me retint de crier en mettant le son plus fort. Je le regardai avec un grand sourire.
_____- Ca va me manquer de ne plus te voir jouer, lui dis-je.
_____- Ca va aussi me manquer de ne plus te voir te taper des crises d'hystérie.
_____Je lui tirai la langue.
_____- Je suis groupie de toi, je n'y peux rien.
_____Ma mère quitta la rocade, cela signifiait que nous étions bientôt arrivé. Ma mère se gara et nous allions enregistrer ma valise, je gardai mon sac et la sacoche de mon ordi en tant que bagage à main.
_____Mon vol fut annoncé et on se dirigea vers la porte d'embarquement. Une seule personne pouvait m'accompagner jusqu'au bout. Je dis au revoir à ma mère, de façon très rapide car notre relation mère-fille était assez tendu. Arnaud m'entraîna alors, le visage triste.
_____- Arrête de faire cette mine...
_____Je le regardai et lui fis un grand sourire.
_____- Tout se passera très bien, j'essayerai d'aller de temps en temps dans un bar où il y aura la wi-fi et je me connecterai sur MSN où t'enverrais un mail.
_____- Tu vas louper ton avion...
_____Je penchai la tête sur le côté et continuai de le regarder dans les yeux. Prise de panique, une bouffée de chaleur m'envahit. Ne plus me perdre dans ses yeux bleu océan allait me manquer, c'était évident. Tout en lui allait me manquer.
_____Je le pris dans mes bras et il me serra contre lui. Je me sentais tellement bien lorsque ses bras étaient autour de moi. Je ne voulais pas que mon départ se termine par des larmes alors je recherchai un moyen de le faire rire.
_____- Tu m'excites, j'aime pas mal ça moi, des lesbi y'en a nul part ! chantonnai-je sur l'air de When I Come Around de Green Day.
_____Il explosa de rire en secouant la tête.
_____- Mon oncle Binette a les mains coupé, chanta-t-il ensuite en même temps que moi.
_____On rigola tous les deux comme des imbéciles jusqu'à ce qu'un rappel soit fait pour mon vol. Je grimaçai.
_____- Je crois que c'est l'heure...
_____- Profite surtout.
_____Je le gratifiai d'un sourire et l'embrassai sur la joue. Puis m'écartai. Il m'attrapa le poignet, _____m'attira contre lui et me vola un baiser avant de me pousser vers l'hôtesse qui s'impatientait.
_____- Mais... balbutiai-je.
_____- File...
_____Cela ressemblait plus à un « reste » mais je présentai mon billet à l'hôtesse avec mon passeport. Elle me les rendis et me laissa passer.
_____- La prochaine fois, on partira ensemble, mais dans un endroit où il fera plus chaud !
_____- Dépêche-toi, je ne suis pas comme eux, ils ne t'attendront pas !
_____Je partis à reculons, le c½ur battant jusqu'à ce que je ne le vois plus et couru ensuite à travers le couloir jusqu'à l'avion. Un Stuart m'accueillit et m'indiqua où je devais me diriger – alors qu'il n'y avait pas de feinte. Je repensais au sketch de Gad Elmaleh et tentai désespérément de retenir mon fou rire et m'assis.
_____Je repensai au baiser d'Arnaud : pourquoi avait-il fait ça ? Lui qui ne voulait pas s'engager, qui ne voulait pas de relation sérieuse... J'étais plutôt perdue, je ne savais pas quoi faire.
_____Je sortis un simple livre qui allait sans aucun doute m'occuper pour le peu de temps que j'avais à passer dans l'avion. J'essayai en vain de me retenir de rire même si de nombreuses images défilaient dans ma tête.
_____- Marc Levy, très bon choix.
_____Je relevai la tête, il me voulait quoi ce vieux ?
_____- Le film n'est pas trop mal mais rien ne vaut le livre, rajouta-t-il.
_____- Je ne connais pas le film, je ne regardes jamais un film sans avoir lu le livre.
_____- Vous êtes très jolie.
_____- Vous êtes très nul en drague, surtout sur des filles aussi jeunes et sans cervelle que moi, ripostai-je du tac au tac.
_____Moi qui était totalement associable à la gente masculine, je me faisais draguer par un grand père. Celui-ci sembla avoir le bec cloué et le Stuart qui m'avait accueilli rigola en passant. Ce dernier s'arrêta avec un chariot et me demanda ce que je voulais manger et boire. Je pris seulement du jus de pommes que je bus d'une traite. Je n'avais pas faim mais ma gorge était totalement sèche et pâteuse.
_____L'avion atterrit à Paris, je descendis enfin et me dirigeai vers ma correspondance pour Londres. Le vol dura un peu plus longtemps et cette fois-ci, je n'eu pas de vieux dragueurs à côté de moi. L'avion atterrit derechef, mais sur le sol anglais cette fois. Je pris mon sac et mon ordi et sortit une dernière fois. Je ne savais pas du tout qui devait venir me chercher et je me sentais perdue. Je repérai un banc et alla m'asseoir dessus et sortit mon téléphone. J'hésitai un instant mais je décidai de le laisser allumer car je n'avais pas de montre. Je regardai les gens passer. Une femme d'une quarantaine ou peut-être d'une cinquantaine d'années semblait perdue ou à la recherche de quelqu'un. Moi, j'avais nullement envie de me faire remarquer, je préférais rester assise et attendre. Soudain, elle se tourna vers moi et me regarda un instant avant de marcher en ma direction.
_____- Hello. Are you Elena, the little French ?
_____Moi ? Une petite française ? Bon, j'avais déjà mon surnom...
_____- Yes, I am.
_____- Oh, good ! My name is Feith.
_____Je souris et lui serrai la main qu'elle me tendit. Je la suivis ensuite pour récupérer ma valise. Elle m'apprit qu'ils n'habitaient pas en plein milieu de Londres, mais dans une banlieue plutôt calme. Il nous fallut une petite heure en voiture pour y arriver. La maison était ni grande, ni forcément petite et je la trouvais très jolie. Le jardin semblait florissant et verdoyant, j'étais ravie de m'être payé un Reflex quelques mois plus tôt.
_____Nous descendîmes du véhicule et nous nous dirigeâmes vers la porte d'entrée. Une jeune fille descendis des escaliers, elle semblait avoir mon âge ou peut-être un an de moins. Elle avait attaché ses cheveux blonds en une queue de cheval. Elle s'appelait Holly et semblait débordante de vitalité. Elle m'aida à monter ma valise et me conduisit dans un chambre qui allait sûrement être la mienne pendant les semaines à venir.
_____Elle me laissa seule le temps que je m'installe. Tout était tellement différent ici, je me surpris à ne pas avoir le mal du pays. Pour une fois, je me sentais sereine, vivante. Je regrettais en aucun cas d'être venue ici seule car de toute façon, quoi qu'on fasse : on finit toujours seul.